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J., 54 ans, locataire d’un logement SNL

09/12/2020 | SNL Paris

Des bénévoles de SNL Paris ont choisi de passer du temps avec les locataires pour les écouter et rendre visible leur parcours pour sortir de la précarité. Après 20 ans à dormir dans la rue, voilà 3 ans que J. et son meilleur ami, L., vivent dans un logement SNL, situé dans le 20ème arrondissement de Paris.  

J., 54 ans :

« J’ai connu la galère dès mes 20-22 ans. Avant, j’étais photographe. Une année, j’ai même été à Cannes faire des clichés lors du Festival. Mais je ne me sentais pas fait pour ce métier, alors, un jour, j’ai tout lâché. Je n’ai pas voulu revenir m’installer chez mes parents : nous étions déjà 8 (6 frères et mes parents) à vivre dans 9 m2 !
Alors j’ai commencé à dormir dehors. Quand mes parents me demandaient où je vivais, je leur mentais pour ne pas les inquiéter… J’ai dormi un peu partout… Avec mon ami L., j’ai d’abord vécu dans un squat près de Bobigny. Mais la Mairie nous en a chassé pour construire… un hôtel. C’est comique quand on y pense, non ?

Après, on dormait où on pouvait : dans des cages d’escalier, dans des parkings… L’été, on dormait dehors, sur des bancs ou par terre. En hiver, quand il faisait vraiment trop froid la nuit, on allait aux Urgences des hôpitaux. On ne voulait pas risquer de mourir congelés pendant notre sommeil ! Ils nous gardaient pour la nuit et le matin, on recommençait à zoner. A force, on commençait à être connus, et chaque fois que l’on venait, ils nous donnaient à manger.

Un jour, on a découvert une issue de secours ouverte, à côté du Périph’, Porte de Pantin. C’était grand, presque 500 m2. On a pu aménager l’espace : un coin chambre, un coin cuisine… Et, chose rare : grâce à un petit branchage que j’ai pu faire, on a eu de l’électricité. Ca nous a permi d’avoir un peu de chauffage et de quoi faire cuire notre nourriture. En revanche, il n’y avait pas d’eau. On est resté là 7 ans. On dormait la journée et on se levait à 17 heures.
La nuit c’est moins dur d’être SDF car on ne voit pas les gens.

Faut dire que j’avais un peu la haine contre eux. C’est sûr qu’ils n’y étaient pour rien dans ce qui nous arrivait, mais ca faisait vraiment trop mal au cœur de les voir rentrer chez eux, se dépêcher de faire des courses avant d’arriver dans leur appartement ou leur maison alors que nous on vivait comme ça ! Alors on préférait être en décaler. On s’occupait en regardant la télé. On buvait aussi, mais aujourd’hui on a arrêté tous les deux. Le soir, les Restos du Cœur passaient nous apporter à manger. Parfois, ils nous donnaient des vêtements et des duvets.

L’association les « Enfants du Canal » s’est aussi occupé de nous. C’est eux qui nous ont mis en contact avec la SNL. Quand ces derniers m’ont dit que je pourrai avoir un appartement, je n’y croyais pas !

Le jour où j’ai visité mon studio ? Un rêve éveillé ! Je me suis senti sauvé et en même temps, j’avais tout le temps peur que ça s’arrête, peur de me retrouver encore à la rue. Encore aujourd’hui, je préfère me priver de nourriture, plutôt que de risquer de ne pas pouvoir payer mon loyer et d’être obligé de partir. Quand j’ai obtenu l’appartement, ca a été un des plus beaux jours de ma vie. J’ai, sans hésiter, proposé à mon ami de s’installer avec moi ! 20 ans de galère ensemble, ca ne s’oublie pas, je n’allais pas l’abandonner ! D’ailleurs, dans le quartier, on nous appelle « les inséparables ».