Comment répondre aux besoins en logement des plus précaires dans un contexte de crise globale du secteur de l’immobilier ? C’est la question qui a animé la table ronde organisée le jeudi 25 juin sur le site du futur habitat inclusif d’Ivry-sur-Seine, à l’occasion des assemblées générales de SNL-Union et SNL-Prologues.
Animée par Anne Mollet, directrice de SNL-Union, cette rencontre a réuni :
- Laurent Bresson, Directeur Régional et Interdépartemental de l’Hébergement et du Logement en Île-de-France (DRIHL),
- Emmanuel Gautier, gérant du fonds solidaire chez Mirova,
- Hélène Denise, responsable du secteur Offre Nouvelle de Logements à la Fondation pour le Logement des Défavorisés,
- Paul Citron, fondateur de l’association de plaidoyer Surface+Utile,
- Martin Quenu, Directeur de SNL Prologues.
Une coopération indispensable pour construire des projets durables
Dès l’ouverture, Anne Mollet pose le fil rouge des échanges : « La réussite de projets d’habitat solidaire implique la mobilisation d’acteurs très différents et complémentaires : foncières solidaires, acteurs publics (État et collectivités), investisseurs institutionnels solidaires, associations, citoyens bénévoles et épargnants particuliers. Chacun constitue une brique indispensable à la bonne réalisation des projets. »
Pour Martin Quenu, cette coopération est dans l’ADN du mouvement depuis sa création. Au-delà de la production de logements, SNL s’appuie sur un réseau important de bénévoles qui accompagnent les locataires et favorisent leur intégration dans leur nouvel environnement. C’est un projet qui dépasse largement la seule question du logement. Il souligne également l’une des spécificités de SNL-Prologues : en achetant ses logements plutôt qu’en agissant comme prestataire, la foncière gagne en autonomie et en stabilité, lui permettant d’« envisager l’avenir plus sereinement, même en période d’incertitude ».
Des partenaires qui réaffirment leur engagement malgré un contexte plus fragile
Si le contexte économique se durcit, chacun met en avant les leviers dont il dispose. Pour Laurent Bresson, l’État entend maintenir son soutien aux logements très sociaux. Il note d’ailleurs une nette progression : 839 PLAI-A financés en Île-de-France en 2025, contre 150 à 200 il y a dix ans. « Les PLAI et les PLAI-A sont intouchables, quel que soit le contexte », rappelle-t-il, évoquant également la poursuite des efforts en faveur des logements familiaux, des pensions de famille et des résidences sociales.
Du côté des investisseurs, Emmanuel Gautier souligne que Mirova consacre près de 40 % des investissements de son fonds solidaire au logement. Un engagement porté par l’ampleur des besoins mais aussi par la confiance accordée aux acteurs de terrain. Le modèle de SNL qui associe impact social concret et détention de son patrimoine immobilier a ainsi convaincu Mirova d’investir durablement.
La Fondation pour le Logement des Défavorisés s’inscrit elle aussi dans une logique de long terme. À travers le programme Toits d’abord, elle privilégie « la qualité plutôt que la quantité », explique Hélène Denise. Cette exigence concerne autant la qualité sociale des projets que leur performance énergétique, et ce, afin de limiter durablement les charges des ménages logés.
Renforcer les coopérations pour répondre aux besoins de demain
Si les financements restent essentiels, il existe plusieurs autres pistes de coopération pour accélérer le développement de l’habitat solidaire et répondre à l’ampleur des besoins. Laurent Bresson mise sur la mobilisation du parc existant : réhabilitation de logements dégradés, recours au droit de préemption, partenariats renforcés avec la Maîtrise d’Ouvrage d’Insertion, ou encore la recherche de nouveaux modèles économiques moins dépendants des aides publiques.
Pour Paul Citron, renforcer les coopérations passe aussi par une meilleure reconnaissance de l’immobilier solidaire dans les politiques du logement. « L’immobilier solidaire peut être une solution à ces crises », défend-il, appelant à faire évoluer le cadre réglementaire afin de permettre à ces modèles de se développer davantage et à renforcer les coopérations entre acteurs publics, financeurs et structures de l’ESS. Il voit notamment dans le patrimoine vacant, en particulier public, une opportunité pour développer davantage de projets d’habitat solidaire.
Pour SNL-Prologues, ces nouvelles perspectives passent par une meilleure valorisation de son modèle, qui associe épargne solidaire, engagement citoyen et bénévolat. Des atouts encore insuffisamment connus, alors même qu’ils constituent une réponse originale et efficace aux enjeux de demain. Car les partenaires de ce modèle ne se limitent pas aux seuls acteurs institutionnels : ce sont aussi les citoyens qui choisissent d’investir leur épargne dans des projets solidaires, et les bénévoles qui s’engagent sur le terrain.
Au fil des discussions, une même idée s’est finalement dégagée : Face à l’ampleur de la crise du logement, aucun acteur ne peut agir seul. La réussite des projets d’habitat solidaire passe par la construction d’un récit collectif fort, permettant de fédérer les partenaires, de mieux faire connaître ces modèles et de leur donner une place dans les politiques du logement.