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Témoignage croisé : Nadège, ancienne locataire, Frédéric, travailleur social, Simonne, bénévole

02/09/2016 | Témoignage croisé : Nadège, ancienne locataire, Frédéric, travailleur social, Simonne, bénévole

Nadège a passé un peu plus de deux ans dans un logement SNL en Essonne avant d’être relogée. Accompagnée par deux bénévoles et un travailleur social, elle a pu reprendre une formation professionnelle et offrir une stabilité à ses deux enfants. « Je ne sais jusqu’aujourd’hui comment remercier SNL. » En nous offrant son témoignage, en acceptant de nous raconter son parcours de logement, Nadège remercie largement SNL ! 

Les propos de Nadège, ancienne locataire, et de Simonne, bénévole, recueillis par Frédéric Gaumer, travailleur social de SNL-Essonne

Témoignage de Nadège, ancienne locataire à SNL-Essonne.

Je suis originaire de la Côte d’Ivoire. J’ai deux enfants, deux garçons, un de 22 ans, et un de 4 ans. La raison pour laquelle je suis venue en France, c’est que c’était la guerre dans mon pays. Quand je suis arrivée en 2012, j’étais enceinte, et lorsque j’ai accouché, je n’ai vu le père de mon enfant qu’une seule fois, le jour où il est venu le reconnaître… Après, il est parti. Et là c’est devenu difficile, très difficile. J’ai commencé à chercher du boulot.

J’ai d’abord eu l’aide de compatriotes qui ont gardé mon petit garçon en attendant que je trouve de quoi me nourrir et envoyer un peu d’argent à mon grand fils qui était encore au pays. Pendant tout ce temps, je travaillais dans un restaurant. Je remercie le gardien, parce que faute de logement, je dormais souvent au restaurant. Parfois je dormais chez des amis, chez des collègues, jusqu’à ce que je rencontre une dame, une compatriote, qui connaissait Frédéric, travailleur social, et qui m’a donné son numéro. Je lui ai laissé un message, en juillet, en lui expliquant la situation. Il m’a rappelé en me demandant si j’avais une voiture, car il y avait une possibilité de logement dans le centre de l’Essonne. Mais je n’avais pas de voiture. Je l’ai rappelé en septembre, j’ai obtenu un rendez-vous et là, c’était un « boum ».

Après le rendez-vous, j’ai eu à peine le temps d’arriver au travail qu’il me rappelait en me disant que c’était bon, que j’avais un logement ! J’étais tellement heureuse que je faisais tout tomber dans la cuisine au travail !

Jusqu’au point où mon patron m’a demandé :
– « Mais qu’est-ce qu’il se passe ? »
Je lui ai répondu :
–  J’ai trouvé un logement, un endroit où dormir !
Il m’a dit :
– Ah bon vous n’avez pas d’endroit où dormir ?
J’ai dit : « non »
– Et malgré tout cela vous veniez travailler !
J’ai dit : « oui »

SNL m’a logée le 29 octobre. C’était un grand jour pour moi, c’était la joie, la première fois où j’ai eu une clé, un toit, où j’allais faire dormir mes enfants dans la tranquillité, sans crainte. C’était tout ce que je demandais, une vie stable, surtout pour mon premier garçon qui avait déjà 19 ans. Il dormait chez des amis, je ne savais pas comment faire. La France, c’est un pays étranger. Je n’avais pas les yeux sur lui, j’avais peur qu’il aille « de l’autre côté ».

Quand j’ai eu cette maison, c’était une nouvelle vie, ça m’a motivée, ça m’a donné la force d’avancer, la persévérance. Je savais que je n’allais pas avoir froid, que mes deux enfants allaient être auprès de moi, je savais au moins que même si je ne mangeais pas, j’avais un toit où j’allais me reposer.

C’était merveilleux. Je ne sais pas jusqu’aujourd’hui comment remercier SNL.

Le 8 décembre 2015, j’ai eu un nouvel appartement, à Fleury-Merogis encore grâce à l’aide de SNL.

J’avais envie d’être gouvernante en hôtellerie, j’ai fait la formation, j’ai eu mon diplôme avec mention et mon école m’a trouvé du boulot. C’est énorme ! Et tout cela, c’est parce que j’avais un toit, j’avais la paix, parce que vous imaginez, si j’avais encore ce problème de logement, est-ce que j’aurais pensé à faire une formation ? Non, j’aurais d’abord pensé à nourrir mes enfants.

La vie réserve toujours des surprises. Aujourd’hui à l’hôpital, on m’a diagnostiqué la SLA, la maladie de Charcot. Je garde toujours espoir, parce que je suis entourée de personnes magiques, de bonnes personnes. SNL ne m’a pas laissé tomber bien que je ne sois plus dans leur maison, ils sont toujours à mes côtés. Xavier et Simone, Marie-France et son mari Gilles, Frédéric, et tous les autres ! Le jour de mon déménagement, c’était tout SNL qui était là ! Chaque jour, j’ai des appels. C’est devenu une famille, et pour moi c’est énorme. Les mots sont insuffisants pour qualifier ce qu’ils ont fait pour moi.

Je ne dissocie pas les bénévoles, les travailleurs sociaux. Je ne vois pas la différence ! Le travailleur social nous suit. Les bénévoles sont toujours là ! Ils viennent au secours de toutes les personnes qui sont dans la détresse, comme moi je l’étais avec mes deux enfants. Mon petit garçon avait 1 an et 3 mois quand je suis entrée chez SNL. C’est une famille que Dieu m’a donné ; je parle de Dieu parce que je suis croyante.
Ce sont des gens merveilleux. Je ne dis pas cela pour vous flatter, mais parce que c’est la réalité.

J’ai encore la fleur que m’ont offert Xavier et Simone, elle est là, je l’arrose. Je suis africaine, je suis originaire de l’Afrique. On ne parle pas souvent en bien de l’Occident, à cause de l’esclavage. Mais il faut venir sur place pour savoir ce que nous vivons ici. Aujourd’hui, je me rends compte que nous nous sommes trompés, tout le monde n’est pas pareil.

Témoignage de Frédéric, travailleur social à SNL Essonne.

Je suis assistant social à SNL depuis 10 ans. C’est grâce aux rencontres avec les personnes logées au sein des appartements de notre association, une centaine de famille à ce jour, que je ne me lasse pas de ce travail.

Nadège est une de ces personnes, une belle personne, pleine d’humanité, de joie de vivre… Quel chance d’avoir pu la rencontrer, d’avoir pu passer de longs moments lors de mes visites à échanger avec elle sur sa vie, sur ses projets et ceux de sa famille.

Nos échanges m’ont beaucoup apporté. Et je peux l’avouer, mon travail d’accompagnement fut facile ! Je n’avais qu’à guider et conseiller et Nadège faisait tout ce qu’il fallait. Je suis encore impressionné aujourd’hui par sa gentillesse et sa volonté inconditionnelle de continuer à avancer même devant l’adversité. C’est une personne rare.

Parfois nous ressentons chez les familles que nous accompagnons un sentiment d’être redevable envers les accompagnateurs de l’association. Ils ne se rendent pas compte qu’ils nous apportent aussi beaucoup. »

Témoignage de Simonne, bénévole à SNL-Essonne.

Je me souviens avec émotion du premier contact avec Nadège lors de son entrée dans l’appartement qui venait de lui être attribué. Elle le regardait, refait à neuf, spacieux, lumineux et de bonheur se mit à verser des larmes : « je ne sais comment remercier SNL » disait-elle déjà.
Une fois logée, sa première préoccupation a été de trouver un travail durable qui lui conviendrait, mais elle n’a jamais cessé d’occuper un emploi ou d’entreprendre une formation dans ce but jusqu’à devenir gouvernante d’hôtel. Elle se préoccupait du devenir de ses garçons. C’est pour eux qu’elle a accepté de travailler dans des conditions difficiles.
Pas une plainte.  Car un autre de ses objectifs était d’obtenir un logement à elle pour laisser la place SNL à quelqu’un d’autre. C’est aussi avec émerveillement que je l’ai vu faire face à la terrible maladie dont elle souffre. Elle a gardé son sourire, sa gaieté et la confiance. Ce fut un accompagnement mutuel puisqu’elle m’a considérablement apporté dans cette relation chaleureuse et amicale qui, je l’espère, se poursuivra longtemps.

Crédit photo : Frédéric Gaumer